« Addenda (choisis parmi pléthore) | Page d'accueil | Non »
22.05.2008
Staying away
Je n'aime pas partir. Ça me donne l'impression de fuir.
Et pourtant, selon toute raison paternelle, maternelle, fraternelle, familiale amicale et de toutes affections diverses et confondues, je devrais quitter ces lieux. La meilleure preuve en est que je les ai désertés. C'est vrai.

Running Away – Bob Marley
Ainsi donc je devrais partir… Je n'ai pas vu mieux ailleurs !
Je ne partirai pas. C'est ici chez moi. C'est ici que je me suis installé et que j'y ai fait mes projets. Commis beaucoup d'erreurs aussi, à corriger : je ne fuirai donc pas. Je reste, d'autre part.
Ça m'a pris du temps mais ça y est : après avoir enlevé les meubles, les tableaux décrochés, expulsé les bibelots et bannis les souvenirs, oublié les sourires les peines ensevelies, réparé les fuites et comblé les fissures, j'ai entrepris de nettoyer les traces. Je lessive les murs de leur histoire accumulée et récure les sols de leurs empreintes déposées en strates brunes jaunies, presque frisées décolorées. C'est bien ça la vie : regarder l'œuvre de la mort, droit dans la profondeur de ses yeux pales irisés pour les redécouvrir d'une main assurée.
Me reste à choisir de nouvelles couleurs pour rafraîchir les surfaces, en plus lisses. Ça, je ne l'ai pas encore décidé. J'hésite encore.
C'est que j'aimerai aussi un jour avoir un jardin pour y voir pousser les chênes et les hêtres, encore en pots, et des sacs de graines lentement ramassées. Prêt à partir pour plus près d'ici.
Je n'ai connu de toute ma vie que les passions, les combats, les montées au front, le départ des militants, le retour des blessés, les débâcles, les désillusions, et à nouveau la résistance, l'insurection, les barricades, la lutte, la chaleur des tranchées de chacun pour tous, l'absence d'aucuns, les hymnes glorieux aux camarades, et la solitude anonyme de mon enfance qu'il a fallut que je construise en adulte brave parmi les braves. À l'écart toujours et encore aujourd'hui, décalé.
Moi, je suis faible, je ne veux pas me battre. Je cherche juste un endroit chez moi, où demeurer près des miens. C'est pourquoi je ne tolère plus aucun abandon ni aucune démission. J'exècre les petits mensonges et les grands rêves. Je ne m'attache plus à qui que ce soit et me méfie de tous par conséquent aussi. (j'ai même élaboré une tactique : je ne suis personne, et si tu veux me trouver il faut me chercher là où je ne suis pas; question d'habitude, je ne suis jamais très loin, peut-être même très près en fait, invisible presque inconsistant)
[2e et 3e parties là :
http://www.youtube.com/watch?v=IdiIURS6Gis
http://www.youtube.com/watch?v=uCs7mNXPT44
]
Par contre, celui qui me fait chier, j'uis explose à la gueule. C'est dit (on n'est pas chez Giono ici).
03:18 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
As-tu lu " Oncle Pedros et la conjecture de Goldbach " ? Il y parle des hommes fragiles, impairs dont tu fais, apparemment, partie.
Et puis, un départ n'est pas forcément un abandon, c'est aussi un moyen de garder ce que l'on a vécu. Je sais, ça va à l'encontre de ce que tu disais, mais bon : )
Ecrit par : Dana | 22.05.2008
Il y a une différence entre partir et fuir. L'un est courageux, l'autre lâche. L'un est digne, l'autre pas. J'ai longtemps confondu.
Sinon, j'adore les petits mensonges et les grands rêves, parce qu'au milieu il doit bien y avoir un fond de vérité.
Ecrit par : M. | 22.05.2008
Nan, j'lis pas. Ça me fait pas bander et ça m'endors. Je préfère picoler : comme ça c'est moi qui choisit mes mots.
T'as remarqué comme le mot départ s'assortit avec le verbe départir ?
J'ai raison, point-barre. Inutile de me contredire (le médecin a même dit que c'était très mauvais de me contrarier dans mon état).
Bisou !
Ouais… ben quand on croit aux poissons qui volent hein…
Bref, j'me comprends.
Bisou aussi !
Hop !
http://sd-1.archive-host.com/membres/up/111043784116992713/Zik/Canned-Heat_Going-Up-The-Country.mp3
Ecrit par : Fabien | 23.05.2008
Méfiance perceptible et distance au bout du filet. Nager à contre-courant ou se laisser emporter par la houle... Entre les deux mes tripes balancent!
Ecrit par : Balises | 23.05.2008
Ecrire un commentaire